Communauté

Entrevue avec Joe Ortona, président nouvellement élu de la CSEM

Joe Ortona
Montréal - lundi, novembre 9, 2020

Les années d’éducation de Giuseppe (Joe) Ortona pendant sa jeunesse et son adolescence sont ancrées dans les écoles desservies par la Commission scolaire English-Montréal (CSEM), dont il est maintenant président. Ayant grandi à Saint-Léonard, il a fréquenté l’école primaire Nesbitt (1993) avant d’obtenir son diplôme d’études secondaires au Collège Vincent Massey en 1998. Tout en poursuivant ses études, il a aussi établi un autre lien avec la CSEM en y occupant un poste de technicien en formation professionnelle à temps partiel et à temps plein pendant 12 ans.

Le parcours éducatif de M. Ortona passe par le programme de techniques policières du Collège John Abbott à Sainte-Anne-de-Bellevue, où il obtient son diplôme en 2002. Ensuite, au lieu de poursuivre ses études à l’École nationale de police, il se tourne vers la criminologie qu’il étudie à l’Université de Montréal pendant plusieurs années avant de décider du changement de carrière qui allait le mener à sa profession actuelle, avocat.

Ortona obtient un diplôme en droit civil, puis en common law, et complète son Juris Doctor à l’Université d’Ottawa. Il est admis au Barreau en 2011 et exerce depuis la profession d’avocat.

L’expérience professionnelle de M. Ortona comprend un poste de procureur pour la Ville de Montréal, poste qu’il a occupé pendant cinq ans après son stage. Il travaille maintenant comme avocat de la défense en matière pénale dans son propre cabinet d’avocats indépendant.

Les débuts

Il y a longtemps que M. Ortona s’implique dans la défense et le soutien des écoles anglaises et de différentes questions portant sur les droits de l’homme dans l’Est de Montréal. Toutefois, c’est sa participation à la protestation contre la fermeture d’un poste de police local (PDQ 45) qui a incité les membres de la communauté à l’approcher et à la convaincre de se présenter aux élections scolaires. Il se souvient que les élus municipaux lui avaient dit qu’ils voyaient en lui un bon représentant pour la communauté. Et, lorsque des amis qui avaient des enfants d’âge scolaire dans le système scolaire public anglophone l’ont encouragé à se présenter aux élections de la commission scolaire, il a accepté : « J’ai pensé que ce serait quelque chose qui me plairait, et il s’est avéré que j’avais raison », évoque-t-il.

Ortona a d'abord rempli un rôle de gouvernance à la CSEM lorsqu’il s’est présenté comme commissaire à Rivière-des-Prairies et qu’il a été élu, en 2014. Il a occupé ce poste pendant six ans; en 2018, il a aussi exercé le rôle de vice-président. Il a été membre du comité consultatif de transport (siégeant en tant que vice-président) et du comité exécutif, et président du comité de gouvernance et de déontologie, en plus d’être représentant de la CSEM auprès de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ).

Le 27 septembre 2020, M. Ortona est élu par acclamation à la présidence de la CSEM.

Enjeux d’ordre législatif

En tant que représentant du Conseil, M. Ortona s’est occupé de questions législatives au fil des ans, notamment dans le domaine de la gouvernance des commissions scolaires. Ardent défenseur du droit constitutionnel de la minorité anglophone, il a plaidé contre la législation québécoise cherchant à s’ingérer dans la gestion des commissions scolaires publiques anglophones. En 2016, il se joint à une présentation à l’Assemblée nationale en commission parlementaire qui parvient à faire échec au projet de loi 86 Loi modifiant l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires, qui aurait restreint le droit de la communauté d’élire ses propres représentants à la commission scolaire.

Ortona prend part actuellement à la contestation judiciaire du projet de loi 40 du gouvernement de la CAQ (Loi modifiant principalement la Loi sur l’instruction publique relativement à l’organisation et à la gouvernance scolaires), qui vise à remplacer les commissions scolaires par des centres de service. « Le projet de loi sera débattu devant les tribunaux sur le fond, explique-t-il, et nous sommes convaincus que nous allons gagner. Nous avons espoir qu’une fois que ce problème sera réglé, le gouvernement respectera nos droits constitutionnels en matière de gouvernance des commissions scolaires et nous laissera poursuivre l’éducation des enfants. »

Ortona a également participé au lancement d’une contestation judiciaire contre le projet de loi 21 (Loi sur la laïcité de l’État) interdisant le port de symboles religieux. Malgré le fait que la portée du projet de loi va au-delà du cadre scolaire, a-t-il expliqué, il interfère avec la gestion des commissions scolaires, qui inclut l’embauche d’enseignants. « Les restrictions à l’embauche basées sur des symboles religieux sont une violation de notre droit à gérer et à contrôler nos commissions scolaires. »

Réalisations antérieures

Parmi ses réalisations au sein de la CSEM au cours de ce premier mandat, M. Ortona dit s’être débarrassé des « vieilles pratiques dépassées qui n’étaient plus aux normes ». Il donne l’exemple de l'abolition du comité de sélection, « qui était une ingérence politique dans le processus d'embauche ». Il se décrit comme un commissaire « toujours très engagé auprès de la communauté », qui fait part de ses préoccupations aux administrateurs concernés et voit à assurer un suivi. À titre de président du comité de gouvernance et de déontologie, il souligne « le travail accompli avec la mise à jour et l’amélioration des codes d’éthique et des autres règlements périmés qu’il a fallu modifier en s’assurant de les rendre conformes aux normes ».

Ce qui lui plaît le plus dans son travail

S’engager auprès de la communauté, assister aux séances des conseils d’établissement, être témoin des nombreuses réalisations positives dans les écoles, et travailler avec les parents bénévoles impliqués sont tous des aspects du travail que M. Ortona dit avoir appréciés : « Un des aspects les plus agréables de mon travail est la satisfaction de travailler pour eux, de les représenter. » 

Les priorités pour l’avenir

De manière générale, M. Ortona s’efforcera de faire respecter les droits des minorités. « Je suis un très grand défenseur de notre droit en vertu de l’article 23 [de la Charte canadienne des droits et libertés] », déclare-t-il, ajoutant qu’il continuera à s’opposer aux projets de loi 40 et 21, ainsi qu’aux transferts d’écoles. Il mentionne également les inscriptions à la Commission et son désir d’en augmenter le nombre.

Bien que les bénévoles, surtout des parents d’élèves, connaissent bien la communauté et savent qu’il se passe des choses extraordinaires dans les écoles, M. Ortana dit vouloir « faire mieux connaître ces belles réussites au moyen d’une vaste campagne de communication auprès de la population et en particulier auprès des familles qui s’intéressent au secteur français ou privé.

« Notre taux de réussite est plus élevé que celui de toutes les commissions scolaires publiques du Québec, mais nous devons aussi exprimer clairement que nous sommes à égalité avec le secteur privé », souligne M. Ortona.

Ortona veut modifier la perception du public selon laquelle le système privé est meilleur. « En fait, quand on le compare à la CSEM, ce n’est pas vrai. L’écart est très mince entre notre taux de réussite et celui des écoles privées, et nous fournissons des services éducatifs à tout le monde. »

Ortona mentionne aussi l’importance de « commencer à voir la gouvernance de la Commission d’un point de vue différent, celui des droits des minorités ».

Le projet de loi 40, qui est actuellement suspendu, vise à transformer les commissions scolaires en centres de service. L’affaire sera traitée en Cour supérieure en avril prochain. « C’est la première fois, pour les gens de ma génération, que nous avons recours aux tribunaux pour contester le gouvernement sur les droits des minorités linguistiques en vertu de l’article 23 [de la Charte canadienne des droits et libertés], indique M. Ortona. Nous avons eu gain de cause les deux premières fois. S’adresser au tribunal est toujours le dernier recours, mais si l’on examine le financement gouvernemental de notre commission scolaire, les règlements gouvernementaux, la loi et toutes les restrictions sur la manière de dépenser notre argent, je crois que nous devons le faire en tenant compte de l’article 23 et qu’il ne faut pas accepter sans réserve que c’est ce que le ministère a dit, et que nous devons agir en conséquence. Demandons-nous si notre droit à la gestion et au contrôle est respecté. Nos droits prévus à l’article 23 sont-ils restreints? Le gouvernement remplit-il ses obligations prévues à l’article 23? Assurons-nous que c’est le cas. »

Ortona affirme que c’est la seule façon de garantir un financement adéquat pour les projets éducatifs et les rénovations, les programmes spéciaux tels que STIAM, les programmes de mathématiques enrichies et de robotique, ainsi que le transport scolaire et les autobus.

Ortona mentionne également une priorité plus fondamentale, qui est « la défense de notre langue et des aspects culturels de la communauté anglophone et de la commission scolaire ».

La première réunion du nouveau Conseil aura lieu le mercredi 11 novembre à 18 h, et elle sera diffusée en direct sur www.emsb.qc.ca.

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